FRANCE - 30 novembre 2005 - AFP

Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a par ailleurs indiqué mardi qu'il avait fixé un objectif de 25.000 éloignements du territoire d'étrangers en situation irrégulière en 2006, contre plus "de 20.000 en 2005".

"Je veux que notre politique de l'immigration soit une politique globale, une politique choisie: c'est la condition même de son efficacité", a résumé le Premier ministre à l'issue du troisième Comité interministériel de contrôle de l'immigration (Cici).

Alors que son entourage affirmait lundi que le regroupement familial ne serait pas à l'ordre du jour, M. de Villepin s'est prononcé pour l'allongement à deux ans du délai de séjour à l'issue duquel un étranger peut demander à faire venir son conjoint et ses enfants.

"Aujourd'hui, la durée (...) est d'un an. Ce délai ne me paraît pas suffisant: deux ans me paraîtraient plus raisonnables", a-t-il insisté.

Le 14 novembre, le président Jacques Chirac avait demandé au gouvernement d'être "strict" dans l'application des règles du regroupement familial, deuxième source d'immigration légale. Il a concerné 25.000 personnes en 2004, un chiffre stable depuis plusieurs années.

Tout en soulignant qu'il s'agissait d'un "droit garanti par la Constitution" et qu'il n'était "pas question de le remettre en cause", M. de Villepin a mis en avant la maîtrise du français comme "condition pour faire venir sa famille".

Il a en outre estimé qu'il fallait "être en mesure de vérifier le respect de la loi, qui interdit la polygamie dans notre pays". Il y a 15 jours, il avait pourtant rappelé à l'ordre sa majorité en l'invitant à "éviter les amalgames" et à ne pas chercher de "bouc-émissaire", alors que certains à l'UMP avaient pointé du doigt polygamie et regroupement familial dans les causes de la crise des banlieues.

Le gouvernement va également allonger de deux ans le délai de vie commune à l'issue duquel un étranger ayant épousé un Français peut demander la nationalité française.

Le mariage binational à l'étranger (34.000 en 2004 hors UE et Suisse, contre 13.000 en 1995) est devenu le premier mode d'immigration légale en France.

"La nationalité doit être le moins possible un droit automatique. Face à cette explosion des unions à l'étranger (...) il faut lutter contre la tendance qui ferait du mariage avec un Français quelque chose qui se monnaye", a-t-on souligné à Matignon.

Le contrôle exercé sur la sincérité des mariages célébrés à l'étranger sera renforcé, de même que le pouvoir des autorités consulaires et du parquet.

Le gouvernement a en outre décidé de durcir la sélection desjeunes étrangers venus étudier en France, en privilégiant, à l'instar des pays anglo-saxons, les étudiants à "fort potentiel".

Si Matignon a déclaré que ces mesures ne s'inscrivaient pas "dans une logique post-émeutes", le Premier ministre entend visiblement -en reprenant les rênes de la politique de l'immigration et en annonçant qu'il présidera à nouveau le Cici de février- ne pas se laisser déborder, sur sa droite, par Nicolas Sarkozy et les parlementaires UMP.

Quelques heures plus tard à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur a toutefois réaffirmé que le pilotage de "la coordination" de la politique d'immigration était de son ressort, avant de renchérir, sous les applaudissements de l'UMP: "nous ne voulons plus (des étrangers) dont on ne veut nulle part ailleurs dans le monde !".

"Le nombre des mesures d'éloignements d'étrangers en situation irrégulière exécutées a fortement augmenté (...): 10.000 en 2002, 12.000 en 2003, 15.000 en 2004, nous dépasserons 20.000 en 2005, sachant qu'un objectif de 25.000 sera fixé en 2006", a déclaré plus tard Nicolas Sarkozy au Sénat, devant la commission parlementaire de contrôle de l'immigration clandestine.

Le ministre a ajouté être "engagé dans une politique de reconduites systématiques".