Au Maroc, 132 000 femmes fument !
Par Eric MARTIN, jeudi 8 décembre 2005 à 23:42 :: Articles :: #142 :: rss
Plus de 90 % des cas de cancers recensés au Maroc sont causés par le tabac qui tue actuellement 5 millions de personnes par an parmi 1,3 milliard de fumeurs de par le monde. Avec ces dégâts, le tabagisme est de loin la plus grande et la plus grave toxicomanie qui affecte l'humanité.
Si rien n'est fait pour freiner le fléau, en particulier chez les jeunes et dans les pays en développement, le tabagisme pourrait faire 10 millions de morts par an d'ici à 2020 dont 70 % dans les pays sous-développés, avertit l'OMS. La teneur du tabac en différentes substances nocives attaque l'ensemble de l'organisme tout en induisant une dépendance chez l'individu dont la nicotine est le principal facteur. Les goudrons sont les principales substances cancérigènes dans le tabac.
Le Tabac consommé sous forme de préparations, (tabac à pipe, à rouler, cigarettes et cigares, à priser, à chiquer), diminuerait l'espérance de vie d'une personne de 10 ans en moyenne. En inhalant une cigarette, la nicotine, dont cinq gouttes suffisent pour tuer un chameau, passe rapidement dans le sang et ne met que quelques secondes pour atteindre le cerveau. Elle agit sur les parois des artères en entraînant à long terme l'athérosclérose.
Bref, les substances contenues dans le tabac entraînent les cancers ORL et des poumons, les maladies de la vessie, de la peau et du cuir chevelu, de l' il, l'infarctus du myocarde, l'insuffisance cardiaque, l'artérite, l'anévrisme de l'aorte et les accidents vasculaires cérébraux...
Selon les spécialistes, le tabac favorise la survenue de céphalées, de troubles de la mémoire, de nervosité, de tremblements, modifie l'état de vigilance, provoque l'impuissance sexuelle partielle ou totale. Il est la cause de la moitié des décès prématurés et des fausses couches, le tout avec un coût social et économique très dur. Selon l'OMS, 84 % des fumeurs, de par le monde, vivent dans les pays en développement.
Au Maroc, 34 % des hommes âgés de 20 ans et plus sont fumeurs et seulement moins de 1 % des femmes fument. Selon des statistiques établies en décembre 2004 par le groupe "Altadis" les femmes représenteraient 3,3 % des fumeurs marocains, soit un total de 132.000 fumeuses, dont la moitié sont âgées de 35 ans.
Malgré les dégâts causés par le tabagisme, les industries du tabac n'ont pas cessé, à travers les temps, de se moderniser en proposant des produits attrayants, un très grand nombre de marques et de labels les uns plus tentants que les autres tout en ciblant particulièrement les jeunes. Tous les moyens sont bons pour vendre : Les industriels du tabac vont jusqu'à sponsoriser les sports individuels et collectifs et les manifestations artistiques, musicales, de beauté et de mode.
Ces médecins fumeurs Les annonceurs s'ingénient, eux, à travers l'image et le son à conduire le plus grand nombre de personnes à mordre à l'hameçon, utilisant des gadgets, des t-shirts, des sacs et différents objets dans la publicité. Le tabac fut connu en Amérique chez les Incas et les Aztèques il y a 3.000 ans et a été importé par Christophe Colomb en Europe. Depuis lors, son usage gagne le monde entier.
Mais que dire du médecin et du personnel médical qui fument ! eux qui sont bien au fait des dangers du tabagisme ? En témoigne les chiffres de l'OMS qui montrent que sur un échantillon de 11.000 personnes (médecins +70 %+, médecins dentistes +6 %+, infirmiers +13 %+, paramédical +11 %+) dans cinq pays du Moyen-Orient, 23 %d'entre eux fument.
Commentant ces données, le Pr Hassan Kisra, psychiatre à l'hôpital ''Ar-Razi" de Salé, a indiqué que ces chiffres reflètent la réalité et "corrigent" certaines idées chez les gens, notamment le malade qui trouve "anormal qu'un médecin fume", soulignant qu'il ne suffit pas "d'être conscient des méfaits du tabac pour ne pas ou arrêter de fumer".
Un médecin fumeur "ne représente pas un bon exemple pour le malade", a-t-il dit dans une déclaration à la MAP, relevant que le fait qu'un médecin fume "influence" sa façon d'intervenir auprès des malades dont il a la charge et va être "moins sensibilisé à prodiguer des conseils".
L'étude montre que 70 % des interviewés pensent que le médecin fumeur ne "conseillerait" pas au malade d'arrêter de fumer ou de le sensibiliser sur les méfaits du tabac. Le Pr Kisra, qui est également maître assistant à la faculté de médecine de Rabat, souligne que le fait qu'un médecin ne conseille pas aux malades la nécessité d'arrêter de fumer constitue un "grand problème", plaidant pour la formation des médecins et du personnel médical en général sur la sensibilisation des malades aux dangers du tabagisme.
Lorsqu'un malade découvre que son médecin fume, "il ne va pas prendre en considération ses conseils" et pense qu'avant de conseiller les autres il faut commencer par soi-même, explique de son côté le Pr Benamor Jouda, du service de pneumologie de l'hôpital Moulay Youssef de Rabat.
Instrument de la mort La cigarette contient 4.000 substances toxiques Le Pr Benamor a déploré le fait que "les industriels du tabac mettent des produits qui entraînent la dépendance psychologique et physique chez les fumeurs sans annoncer sur les emballages la vraie teneur du produit", précisant qu'il y a "4.000 substances dans une cigarette: c'est un instrument de la mort" à combattre à travers la sensibilisation et la prévention, notamment dans les établissements scolaires.
Elle a indiqué que son service reçoit de plus en plus de malades victimes de tabagisme et remarqué que l'incidence du fléau augmente en permanence chez les hommes comme chez les femmes, ajoutant que les gens ne se présentent aux médecins qu'à un stade avancé de la maladie causée par le tabac. Selon elle, il y a de plus en plus de femmes et de jeunes qui fument, mettant en garde contre le tabagisme passif, notamment au sein des ménages.
Elle a noté qu'un fumeur s'il ne meurt pas par une maladie liée au tabagisme, finit sa vie par un handicap, appelant à une mobilisation contre le tabac dans les lieux publics, les établissements publics et scolaires, les hôpitaux Rappelons que le Maroc a ratifié la convention internationale anti tabac entrée en vigueur le 27 février 2005.
S'adressant aux élèves et aux adolescents, le célèbre écrivain égyptien Mostapha Lotfi Al Manfalouti écrivait : "certains petits esprits se figurent que fumer est signe de virilité et s'y jettent avec férocité comme des loups sur leur proie. Ils payent toutes sortes de maladies de leur propre bourse et finissent par mourir. Un homme avertit en vaut deux". marocannonces.com

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