«Jamaâ El Fna» vu par le NYT :Le carrefour culturel qui défie la compétition électronique
Par Eric MARTIN, mardi 28 février 2006 à 20:45 :: Articles :: #275 :: rss
La place «Jamaâ El Fna», qualifiée souvent de carrefour culturel du Maroc, perpétue Œ¹une profession¹¹ séculaire qui défie la compétition électronique, celle de conteur d¹histoires, écrit lundi le «New York Times». Dans un article daté de Marrakech, Marlise Simons souligne que les conteurs d'histoires viennent d¹une ère qui a précédé de longtemps la radio, la télévision, le cinéma et les téléphones, une ère pendant laquelle les narrateurs itinérants apportaient nouvelles et divertissements aux foires et places du village.
Cette profession qui a résisté au temps n¹est toutefois plus pratiquée dans la région de Marrakech que par huit bardes, dont la génération pourrait être la dernière d¹une lignée aussi vieille que la ville médiévale elle-même, note la journaliste, qui décrit le travail ou plutôt l¹art de l¹un de ces conteurs, Mohammed Jabiri, 71 ans, qui a exercé cette profession pendant plus de 40 ans. Jabiri, qui a appris son art en écoutant et en imitant les vieux bardes, n¹a besoin que d¹un petit tabouret et de quelques illustrations colorées. Tout le reste est performance. Ses yeux peuvent s¹ouvrir tout grand et hypnotiser son audience et sa voix peut tonner dans les airs ou se transformer en murmures, selon l¹intrigue, écrit la journaliste, en décrivant le talent du conteur. Toute la magie des histoires est dans l¹art de la narration et l¹humeur peut changer avec les bouffonneries du conteur, les cris de l¹audience ou ses railleries, comme le soulignera un habitué des halka. Notant qu¹en dépit de la radio, de la télévision, du cinéma et des téléphones, Jabiri réussit toujours à défier la redoutable compétition électronique, la journaliste indique en le citant que Œ¹les gens sentent que la télévision est très loin d¹eux (...). Ils préfèrent le contact, entendre des histoires en direct¹¹. Selon les chercheurs des coutumes locales, les histoires racontées à «Jamaâ El Fna» sont un mélange d¹histoires religieuses et d¹histoires populaires puisées dans les traditions berbères, gnaouies et arabes de la région, indique la journaliste avant de rappeler que ces histoires ont inspiré le roman Œ¹Makbara¹¹, écrit par Juan Goytisolo, Œ¹l¹un des rares expatriés européens qui parlent l¹arabe dialectal marocain et comprennent les conteurs¹¹. Cet illustre écrivain espagnol qui vit au Maroc depuis les années 70 et qui Œ¹est dévoué à Jemaâ El Fna et ses artistes¹¹ parle avec admiration des Œ¹anciens maîtres¹¹ qu¹il a connus, de leurs improvisations, de leurs tours et des farces qu¹ils utilisent pour captiver leur audience, écrit la journaliste, soulignant que M. Goytisolo s¹inquiète lui aussi que les vieux maîtres ne puissent être remplacés par de nouvelles générations. M. Goytisolo a été la force motrice derrière un mouvement pour protéger la place qu¹il qualifie de Œ¹grand et riche espace culturel qui risque d¹être englouti par le commerce et la pression du développement¹¹, note-t-elle, rappelant que l¹Unesco a déclaré en 2001 «Jamaâ El Fna» patrimoine oral et immatériel de l¹humanité.

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