Cette profession qui a résisté au temps n¹est toutefois plus pratiquée dans la région de Marrakech que par huit bardes, dont la génération pourrait être la dernière d¹une lignée aussi vieille que la ville médiévale elle-même, note la journaliste, qui décrit le travail ou plutôt l¹art de l¹un de ces conteurs, Mohammed Jabiri, 71 ans, qui a exercé cette profession pendant plus de 40 ans. Jabiri, qui a appris son art en écoutant et en imitant les vieux bardes, n¹a besoin que d¹un petit tabouret et de quelques illustrations colorées. Tout le reste est performance. Ses yeux peuvent s¹ouvrir tout grand et hypnotiser son audience et sa voix peut tonner dans les airs ou se transformer en murmures, selon l¹intrigue, écrit la journaliste, en décrivant le talent du conteur. Toute la magie des histoires est dans l¹art de la narration et l¹humeur peut changer avec les bouffonneries du conteur, les cris de l¹audience ou ses railleries, comme le soulignera un habitué des halka. Notant qu¹en dépit de la radio, de la télévision, du cinéma et des téléphones, Jabiri réussit toujours à défier la redoutable compétition électronique, la journaliste indique en le citant que Œ¹les gens sentent que la télévision est très loin d¹eux (...). Ils préfèrent le contact, entendre des histoires en direct¹¹. Selon les chercheurs des coutumes locales, les histoires racontées à «Jamaâ El Fna» sont un mélange d¹histoires religieuses et d¹histoires populaires puisées dans les traditions berbères, gnaouies et arabes de la région, indique la journaliste avant de rappeler que ces histoires ont inspiré le roman Œ¹Makbara¹¹, écrit par Juan Goytisolo, Œ¹l¹un des rares expatriés européens qui parlent l¹arabe dialectal marocain et comprennent les conteurs¹¹. Cet illustre écrivain espagnol qui vit au Maroc depuis les années 70 et qui Œ¹est dévoué à Jemaâ El Fna et ses artistes¹¹ parle avec admiration des Œ¹anciens maîtres¹¹ qu¹il a connus, de leurs improvisations, de leurs tours et des farces qu¹ils utilisent pour captiver leur audience, écrit la journaliste, soulignant que M. Goytisolo s¹inquiète lui aussi que les vieux maîtres ne puissent être remplacés par de nouvelles générations. M. Goytisolo a été la force motrice derrière un mouvement pour protéger la place qu¹il qualifie de Œ¹grand et riche espace culturel qui risque d¹être englouti par le commerce et la pression du développement¹¹, note-t-elle, rappelant que l¹Unesco a déclaré en 2001 «Jamaâ El Fna» patrimoine oral et immatériel de l¹humanité.