L’analyse des dernières statistiques de l’ONU montre une recrudescence de la violence dans la famille. Les études effectuées font apparaître que de 17 à 38% des femmes ont subi des voies de fait de la part d’un homme avec lequel elles vivaient.

La violence à l’égard des femmes au sein de la famille existe aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement. Elle a été pendant longtemps considérée par les voisins, la collectivité, les autorités comme une affaire privée. Or, ces affaires dites privées ont tendance à devenir des drames publics.

Aux Etats-Unis, il y a toutes les 18 minutes une femme qui est battue. Au Pérou, 70% des délits signalés à la police consistent en brutalités exercées par un homme contre sa femme. Au Pakistan,dans près de la moitié des 400 cas de violences au sein de la famille signalés en 2005 dans la province du Punjab, il y a eu mort de l’épouse. Souvent, dans de nombreux pays, les violences sexuelles infligées par le mari à sa femme ne sont pas criminalisées : l’épouse est réputée consentente. Il est par conséquent très difficile à une femme, dans la pratique, de prouver qu’elle a été victime d’une agression sexuelle si elle ne peut fournir la preuve d’un traumatisme physique grave.

Une femme sur trois dans le monde sera, au cours de sa vie, soit battue, soit forcée à avoir des rapports sexuels, soit soumise à des sévices. Au Royaume-Uni, 30 % de femmes font l’objet de sévices de la part de leurs époux ou partenaires ou de leurs anciens époux ou anciens partenaires. Ce pourcentage est de 52 % en Cisjordanie, 21 % au Nicaragua, 29 % au Canada et 22 % aux États-Unis. Au Maroc, les chiffres officiels ne sont pas connus, mais les statistiques des associations féminines et des centres d’écoute luttant contre la violence conjugale sont révélateurs. Pour l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes, les femmes mariées sont les plus exposées à la violence. Elles représentent 76,99% des femmes battues, contre 11, 23% pour les femmes divorcées. A 85,93% l’agresseur est l’époux, ou l’ex-mari en cas de divorce. La forme de violence la plus répandue est de type psychologique (insultes, menaces, dénigrement systématique) avec 47,80%, suivie par la violence économique (privation d’autonomie financière) 30,78%, physique (sévices corporels) 17,35% et sexuelle (viol et sévices sexuels) 4,07%. La violence conjugale est pourtant punie par la loi. Ainsi, l’article 404 du code pénal, amendé en 2003, pénalise quiconque a volontairement porté des coups à son conjoint, à son père, à sa mère, ou à tout autre ascendant. La peine est proportionnelle à la gravité de la violence. En dépit de ce texte juridique, les femmes agressées ont tendance à ne pas porter plainte contre leurs bourreaux.

Devant la lourdeur des démarches administratives, elles peinent à aller jusqu’au bout. Bien souvent, leur initiative s’arrête au poste de police où leur cas est traité avec légèreté, voire avec indifférence. Si la plainte arrive au tribunal, la femme, pour prouver ses dires, doit réunir douze témoins. Chose pratiquement impossible étant donné que la violence s’exerce la plupart du temps dans un cadre privé.

Une violence est due à plusieurs facteurs socio-économiques principalement la pauvreté, l’analphabétisme et aussi le manque de culture de dialogue et de démocratie au sein de la famille. Elle est due principalement aux rôles que la société accorde à la femme. Ce phénomène sociétal influe sur les enfants et la famille qui est le noyau de la société. Et parvient à priver la femme de jouer pleinement son rôle en tant qu’acteur de développement et limite son épanouissement physique et moral. L’Islam, en tant que religion de justice, d’égalité, de fraternité et d’amour prohibe toute forme de violence et de discrimination à l’égard de la femme qui est l’égale de l’homme. Pour leur part, les textes législatifs et les politiques de développement doivent traduire ladite préoccupation et introduire des réformes globales pour éliminer toute forme de discrimination à l’égard des femmes et les protéger contre la violence - notamment conjugale -, l’exploitation et le harcèlement sexuels et contre tout ce qui porte atteinte à leurs droits et à leur dignité.

Rappelons que le Maroc a lancé en 1998 la première campagne nationale de lutte contre la violence dont sont victimes les femmes et a adopté une stratégie nationale en la matière destinée à concrétiser l’égalité entre les deux sexes et combattre toutes formes de discrimination entre l’homme et la femme, conformément aux engagements internationaux du Maroc et aux exigences de l’Etat de droit et de la société démocratique et moderne qu’il est en train d’édifier. Malheureusement le phénomène continue de prendre des proportions alarmantes, comme le reflètent d’ailleurs les nombreuses plaintes déposées auprès des centres d’accueil et d’écoute des femmes violentées et des procès ouverts auprès des tribunaux compétents.

Le gouvernement marocain a convenu d’adopter et d’appliquer des législations conçues pour mettre un terme à la violence à l’égard des femmes conformément aux accords internationaux dans ce domaine. L’un des objectifs est d’offrir une assistance juridique et divers services aux femmes de tous âges qui sont en danger et assurer des services de conseils et réadaptation pour les auteurs de brutalités.

Un plan d’action de mise en oeuvre de la stratégie nationale de lutte contre la violence sera établi et ce n’est que le fruit d’une collaboration active entre les ONG, le gouvernement et les chercheurs dans le domaine. Il reflète les questions fondamentales qui entourent ce phénomène. Ce projet permettra aussi de faire l’état des lieux des actions déjà entreprises dans ce domaine et de faire une estimation budgétaire du coût de mise en place de cette stratégie avec l’ensemble des intervenants. Ledit plan va déterminer les priorités, les engagements des secteurs clés : la santé, la police, la justice, les centres d’écoute et d’orientations juridiques des femmes victimes de violence.

Une telle stratégie permettra aussi d’élaborer un modèle de suivi et d’évaluation et par conséquent aboutira à la mise en place d’un système d’information et le renforcement des capacités des différents acteurs.

Asmaâ Rhlalou-L'Opinion